Handisport

La place des personnes vivant avec le handicap dans le sport burundais

Par Thierry Niyungeko

Des compétitions pour personnes atteint par le handicap se déroulent dans plusieurs disciplines sportives et attirent de plus en plus de pratiquants qui ne se cachent plus n’hésitant pas de braver les stéréotypes de l’entourage pour intégrer des clubs qui se trouvent désormais sur toute l’étendue du territoire national.

Appuyée par l’ambassade de France au Burundi, l’Association des Journalistes des Sports du Burundi (AJSB) organise une émission en coproduction sur le handisport qui est diffusée sur différentes stations médiatiques. Dans cet article, nous allons voir ensemble la place des personnes vivant avec le handicap dans le sport. Pratiquent-elles les sports ? Quels sont les sports qu’elles pratiquent ? Quel est leur rôle dans le développement de leur patrie à travers les sports ? Quels sont les avantages pour eux de pratiquer les sports ? Rencontrent-ils des difficultés ? Lesquelles ? Qu’est-ce qui doit être fait et qui pour le faire pour que les personnes vivant avec le handicap aient une place de choix aux sports ?

Ce qui est certainement prouvé, c’est qu’il y a du talent sportif chez les personnes handicapées. C’est notamment Sandrine Irankunda du centre Akamuri qui a déjà représenté et honoré le Burundi dans le concert des nations sur le 100 m dames. Elle raconte avec fierté ses performances lorsqu’elle a été médaillée lors d’une compétition internationale. Pour elle, la participation à de grandes manifestations sportives permet aux personnes vivant avec le handicap de s’exprimer et de montrer qu’elles sont capables de bonnes réalisations. Parmi les grandes compétitions dont elle a déjà participé, Mlle Irankunda se souvient du meeting qui s’est déroulé au Kenya où elle est arrivée en 4e position. Bien qu’elle n’ait pas pu figurer sur le podium, elle affirme avoir montré de la bravoure puisque personne ne s’y attendait car elle avait disputé l’épreuve de 200 m ce jour-là. La consolation interviendra un peu plus tard en Egypte où elle a décroché la troisième place sur le 100 m, sa spécialité. Du haut de ses 20 ans, Sandrine Iradukunda n’oubliera jamais cette compétition où elle a été choisie de porter le flambeau et l’allumer au royaume des Pharaons. Satisfaite des diverses manifestations sportives incluant les personnes handicapées, elle les appelle tous et toutes à montrer leurs talents pour se tailler une place de choix dans le monde sportif. Aux parents qui cacheraient encore leurs enfants handicapés, la jeune athlète les appelle à en découdre avec ces pratiques aliénées et intègrent leurs enfants aux centres sportifs pour qu’ils puissent exprimer leurs talents et prouver ce dont ils sont capables.

Valoriser la pratique sportive de cette catégorie

Même son de cloche pour Dieudonné Nahimana, encadreur sportif au centre Akamuri qui trouve que la pratique sportive de cette catégorie de personnes reste en arrière par rapport aux autres pays et plaide pour sa valorisation. Regrettant la mentalité burundaise qui place la personne vivant avec le handicap au dernier plan, l’encadreur appelle les décideurs et les parents à changer d’approche notamment à travers les sensibilisations et formations. Parmi les grands rendez-vous internationaux où il a participé, M. Nahimana cite le championnat de Dubaï où il est parti avec 4 athlètes et obtenu la médaille d’Or chez les garçons avec successivement les 3e, 4e et 6e place, un grand exploit avec une telle délégation. Il se souvient aussi de la compétition du Caire en Egypte où le Burundi a obtenu une médaille d’Or chez les filles et la 4e place au Basket. Grâce à ces participations, Dieudonné Nahimana trouve que la situation s’améliore progressivement puisqu’il y a des parents qui le contactent pour lui confier l’encadrement de leurs enfants même ceux qui vivent en dehors des centres. « Ils commencent à se rendre compte que la participation de leurs enfants aux sports leur offre l’occasion de s’épanouir en rencontrant les autres avec lesquels ils partagent les même difficultés », s’enchante-t-il. Aux autorités publiques qui n’ont pas encore élaboré des structures pour développer cette catégorie, l’encadreur suggère de valoriser la pratique sportive des personnes vivant avec le handicap en érigeant des infrastructures adaptées à leur condition physique.

La pratique sportive facilite l’inclusion

Au Comité Paralympique du Burundi (CPB), le président Eugène Nsababaganwa parle de l’importance du sport chez les personnes vivant avec le handicap, les difficultés qu’elles rencontrent et ce qui doit être fait. Pour lui, la pratique des sports permet de vaincre les exclusions sociales dont elles sont souvent victimes et facilite leur inclusion. Comme tout être humain, ajoute-t-il, la pratique du sport chez un handicapé améliore sa santé et le garde en bonne forme physique. « Des avantages sont multiples actuellement que nous organisons des compétitions auxquelles les meilleurs qui obtiennent des minimas les qualifiant aux championnats internationaux participent et s’épanouissent sans distinction aucune », se réjouit-il. Dans le paysage sportif, la place de la personne vivant avec le handicap va croissant puisqu’en 12 ans d’existence du CPB, les disciplines sportives pratiquées sont passées de 2 à 8. Au niveau des règlements, le comité paralympique a reçu un statut d’utilité publique qui n’est pas accordé à n’importe quelle organisation. M. Nsababaganwa appelle les personnes handicapées à intégrer les sports adaptés à leur état physique et se faire encadrer là où ils sont capables de pratiquer pour développer des talents qui se cachent en eux. Il n’a pas manqué d’appeler les bailleurs à appuyer des initiatives sportives de cette catégorie qu’ils n’ont pas encore suffisamment pris en considération.

Naître avec le handicap n’est pas une fatalité

Au ministère en charge des Sports et de la Culture, le directeur des sports d’élite Laurent Nzeyimana reconnait l’existence des sports pour les personnes vivant avec le handicap qui disposent des structures bien organisées. Malgré le manque de soutien pour cette catégorie, il trouve qu’elle en a beaucoup besoin tout comme les personnes valides. Aux parents qui ont des complexes d’exposer leurs enfants handicapés, le directeur leur exhorte de rompre avec cette mentalité puisque naître avec le handicap n’est pas une fatalité. « Actuellement il y a plusieurs cadres d’expression sportifs pour les personnes vivant avec le handicap, les parents devraient plutôt faciliter l’intégration de leurs enfants dans des clubs d’encadrement sportif », suggère-t-il. Dans l’avenir, M. Nzeyimana voit un Comité Paralympique beaucoup plus solide comme l’est le Comité National Olympique puisque les nouveaux statuts du ministère lui confèrent une autonomie de gestion des fonds récoltés auprès de ses partenaires. Disposant d’un bureau au sein des locaux du ministère, le directeur des sports d’élite réitère son soutien aux personnes vivant avec le handicap qui bénéficient actuellement de mêmes frais de mission que les valides lorsqu’elles vont disputer des compétitions à l’étranger.

Diverses disciplines sportives pratiquées

Selon Omer Hayimana, directeur technique national au sein du CPB, plusieurs disciplines sportives sont pratiquées par les personnes vivant avec le handicap. Il s’agit en grande partie des sports existants qui sont adaptés pour cette catégorie. Parmi ceux qui sont pratiqués au Burundi, il cite notamment l’athlétisme, le sitting volleyball, les arts martiaux dont le Judo et le Karaté et les luttes associées avec des règles du jeu similaires. Pour cet expert, aucune situation d’handicap ne peut freiner la personne atteinte d’exercer le sport. Il trouve que le fait qu’il y ait d’autres disciplines sportives qui ne sont pas encore introduites au Burundi est dû au manque d’infrastructures adaptées et des techniciens spécialisés dans l’encadrement sportifs des personnes handicapées. Sur ce, Omer Hayimana se réjouit du cours qui a été récemment intégré au cursus concernant les handicapés pour les étudiants en éducation physique qui pourra sortir des lauréats efficaces aux entraînements de cette catégorie. Aux parents qui ont des enfants vivant avec le handicap, le directeur technique leur conseille de les intégrer dans des écoles inclusives qui pourront faciliter la détection de leurs talents.